Un week-end avec Francis Huster
Elle a beaucoup d’années derrière elle, mais son vécu ne lui a pas laissé de traces. Il n’y a pas de portrait de Dorian Gray dans un placard, il est sur un mur, et c’est sa copie à l’identique, peint par une âme sœur kazakh, avant de la connaitre. Il l’avait nommé La parisienne, et quand il l’a rencontré en vrai, il lui a parlé de ses expériences chamaniques, mais elle était mariée, et ne voulait pas comprendre que c’était Lui. Même si il était beau à croquer, doux, inspiré, le contretemps fut le fil conducteur de sa vie à elle, sa vie de femme.
Mais ce matin elle s’apprête à rencontrer Francis Huster dans un salon du livre. Elle met de la pommade magique sous les yeux, ses seules rides qu’on remarque sur son visage, surtout quand elle rit. Sa chevelure blonde ondulée fera son effet, surtout qu’elle va mettre ses bottines noires élégantes et la fameuse veste rouge en velours, qui lui va si bien dans ses photos de profile. La formation violente de Pole emploi lui a servi plutôt à la rassurer sur son accent (depuis 30 ans, dès qu’elle ouvre sa belle bouche, on lui demande : d’où vient ce charmant accent), il n’est pas si fort que ça, et en plus elle connait son pouvoir de séduction vis-à-vis des hommes, ca l’amuse de voir comment ils perdent les moyens, elle les perturbe, depuis toujours et ça continuera encore quelque temps, c’est certain. Depuis peu de temps, elle essaye de cibler les aussi vieux qu’elle, mais la séduction manque à l’appel, la peau qui pendouille, les dents abimés, ou simplement une attitude inélégante, peuvent lui répugner.
Elle décide d’y aller à pied au salon, pour bouger un peu ce délicieux corps rose et voir qui se marie aujourd’hui, car son chemin passe en face de la Mairie, mais surtout pour oublier un mini-chagrin de cœur, pour lequel elle refuse d’écrire un poème, sinon, quand le recueil sera fini, il sera trop triste, ou trop intimiste, a-ha, d’ou un pseudonyme littéraire s’imposera, à voir. Quel chance que le soleil brille, alors qu’ils avaient promis de la pluie tout le week-end. Pour une fois, elle ne met pas ses écouteurs pour la musique et préfère s’imprégner des sons de sa ville, et détecter les ondes des passants, des arbres, mais encore plus des enfants, qui la regardent dans les yeux et ils communiquent par télépathie. Ca va petit ? Non, ma mère est chiante et me fait du mal au bras, mais sinon, good luck pour ton rdv !
Quand elle arrive au salon, le vigile lui demande le passeport sanitaire et lui dit que la rencontre avec Francis Huster est annulée, par décision préfectorale. Elle monte quand même à l’étage, pour vérifier et là, surprise, il l’attend. Quand elle ose entrer dans son champs magnétique on voit carrément les étincelles, sparks, sparks, feu d’artifices, quand une peur soudaine l’envahit et elle s’enfuit, sans dire un mot.
Plus tard elle écrira un récit vagabond, qui finira par : le contretemps c’est moi qui le décide.
Une année avec Meetup vient de sortir en librairies ! C'est par ici : https://www.amazon.fr/dp/2379798095
https://marinachiriac.wordpress.com/
